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Comprendre et bien utiliser les herbes-aux-chats

  • 7 mars
  • 10 min de lecture

Tout savoir sur les herbes-aux-chats

Si vous avez un chat, il est fort probable que vous ayez déjà entendu parler des fameuses herbes-aux-chats.


Et peut-être même que vous en avez déjà testé à la maison, avec des réactions parfois surprenantes : flairage intense, frottements frénétiques, roulades au sol...


Mais savez-vous pourquoi les chats réagissent à ces plantes ?

Comment se fait-il que certains individus n'y soient pas sensibles ?

Quels sont leurs bénéfices de ces stimulations olfactives et comment les utiliser de manière pertinente ?


Je vous dis tout dans cet article!


HERBE-À-CHAT OU HERBE-AUX-CHATS ?


Il n'existe pas réellement de consensus sur l'utilisation de ces deux expressions, qui sont souvent utilisées indifféremment. Toutefois, on distingue généralement en France deux catégories correspondant à des fonctions et des usages différents.


L'herbe-à-chat


L'herbe à chat désigne des pousses de graminées ingérées par le chat

L’herbe-à-chat désigne de jeunes pousses de graminées – le plus souvent du blé, de l’orge ou de l’avoine – cultivées spécifiquement pour être ingérées par le chat.


La consommation de végétaux chez les félins est connu depuis longtemps. Elle ne concerne d’ailleurs pas uniquement le chat domestique : de nombreuses espèces carnivores ingèrent occasionnellement des plantes.


Pourtant, ce comportement reste relativement peu étudié et fait l’objet de diverses interprétations. Plusieurs hypothèses sont avancées : une participation possible à l’élimination de parasites, par analogie avec certains primates ; un rôle digestif mécanique lié aux fibres végétales ; ou encore une aide potentielle à l'élimination des poils ingérés.


Quoiqu'il en soit, proposer de l’herbe-à-chat peut constituer une forme d’enrichissement, et permettre par exemple de détourner l’attention de plantes d’intérieur que l’on souhaite protéger. Cela ne dispense évidemment jamais de retirer toute plante toxique de l’environnement si votre chat a tendance à les mâchouiller.


L'herbe-aux-chats


Les herbes-aux-chats désignent des plantes particulières qui déclenchent, chez certains chats, une réaction comportementale spécifique.


Et c'est de ces herbes dont nous allons parler dans cet article !



POURQUOI CES HERBES FONT-ELLES RÉAGIR LES CHATS ?

 

Flairage intense, léchage, frottements frénétiques, roulades au sol... Les réactions des chats face à certaines plantes peuvent être impresionnantes ! Pendant quelques minutes, nos chats semblent presque «en transe», avant de revenir à un comportement parfaitement normal.


Ces épisodes ont longtemps intrigué les observateurs. Que se passe-t-il réellement dans le cerveau du chat durant ces moments que l’on décrit parfois, de manière un peu imagée, comme une « folie passagère » ? Eh bien la science s’y est intéressée !


Des recherches récentes suggèrent que ces comportements pourraient avoir une fonction biologique précise, bien loin de la simple curiosité ou du jeu.


Des molécules végétales particulières : les iridoïdes


Certaines herbes-aux-chats contiennent des composés chimiques spécifiques appelés iridoïdes. Parmi eux, on trouve notamment la népétalactone (présente dans la cataire) ou encore la népétalactol (présente dans le matatabi ou silver vine). Ces molécules volatiles sont perçues par le système olfactif du chat.


Les composés chimiques des herbes-aux-chats

Lorsqu’un chat détecte ces composés, cela déclenche une réponse comportementale caractéristique, liée à l'activation de circuits neurophysiologiques spécifiques.


Une activation des circuits cérébraux liés au plaisir


Des travaux scientifiques ont montré que l’exposition à certaines de ces molécules végétales entraîne chez le chat une augmentation du taux de β-endorphines dans le sang, des substances impliquées dans les circuits cérébraux du plaisir et de la récompense.


Cette activation passe notamment par le système opioïde, un ensemble de mécanismes neuronaux également impliqués chez les mammifères dans la modulation du bien-être et de la motivation.


L'hypothèse d'une fonction protectrice


L’activation de ces circuits semble déclencher les comportements typiques observés : frottements, roulades, léchage ou mâchouillage de la plante.


Chat qui lèche et mâche des feuilles de matatabi ©iScience (1)

Et ce qui est intéressant, c'est que ces comportements favorisent le dépôt des molécules végétales sur le pelage du chat.


Mais pourquoi les chats cherchent-ils à s’imprégner de ces substances ?


Une étude publiée en 2021 (1) a montré que certaines de ces molécules – notamment la népétalactol – possèdent un effet répulsif contre certains moustiques. Les chercheurs ont observé que les chats imprégnés de ces composés subissaient environ deux fois moins d’attaques de moustiques que les chats non exposés !


Les comportements de frottement et de roulade permettraient donc de transférer ces molécules sur le pelage, offrant ainsi une forme de protection chimique contre certains insectes. Ce mécanisme constitue un exemple fascinant d’utilisation de composés végétaux par un animal pour se protéger de parasites.


Mécanismes d'action des herbes-aux-chats et protection contre les insectes
Mécanismes d'action de la cataire et du matatabi pour protéger des moustiques ©iScience (1)

POURQUOI CERTAINS CHATS NE RÉAGISSENT PAS ?


Si vous avez déjà proposé de l’herbe-aux-chats à votre compagnon et qu’il n’a montré absolument aucun intérêt, rassurez-vous : cela ne signifie pas que quelque chose ne va pas… ni qu’il apprécie particulièrement les moustiques !


En réalité, plusieurs explications peuvent expliquer cette absence de réaction.


Tous les chats ne sont pas sensibles aux mêmes plantes


On parle souvent « d’herbe-aux-chats » comme s’il s’agissait d’une seule plante, mais il existe en réalité plusieurs espèces végétales capables de déclencher cette réaction.


Un chat peut donc être totalement indifférent à une plante donnée mais réagir très fortement à une autre. Une absence de réaction à une plante ne signifie donc pas nécessairement que votre chat est insensible à toutes les herbes-aux-chats.


La qualité du produit joue un rôle important


L’efficacité dépend aussi beaucoup de la qualité et de la fraîcheur du produit !


Les composés responsables de la réaction (les iridoïdes) sont des molécules volatiles. Avec le temps, elles se dégradent et perdent leur pouvoir odorant. Certaines herbes sèches fournies avec des accessoires pour chats (comme les petits sachets inclus avec certains griffoirs) sont souvent très sèches ou peu concentrées, ce qui peut expliquer l’absence de réaction.


Un produit plus frais ou de meilleure qualité peut donc tout à fait provoquer une réaction chez un chat qui semblait jusque-là indifférent.


Certains chats réagissent plus discrètement


Tous les chats ne manifestent pas la réaction de manière spectaculaire. Chez certains individus, la réponse peut être subtile : un simple reniflement prolongé, un frottement de tête discret ou un intérêt temporaire pour l’objet imprégné de plante.


Il est donc possible que votre chat réagisse… mais d’une manière moins démonstrative.


Les chatons sont souvent peu réactifs


L’âge joue également un rôle et les chatons présentent généralement peu ou pas de réaction avant l’âge d’environ six mois. La sensibilité à ces molécules semble se développer avec la maturation.


Donc si votre jeune chat ne réagit pas pour le moment, cela ne signifie pas qu’il y restera insensible : vous pourrez tout à fait retenter l’expérience lorsqu’il sera un peu plus grand.


Une minorité de chats reste totalement insensible


Enfin, il existe effectivement des chats qui ne réagissent pas du tout aux herbes-aux-chats.

Cependant, avant d’en arriver à cette conclusion, il est important de prendre en compte toutes les raisons que je viens d'évoquer ci-dessus.


Car d’après les données disponibles, près de 9 chats sur 10 réagiraient à au moins l’une des différentes herbes-aux-chats. Alors explorons-les en détail !



LES DIFFÉRENTES HERBES-AUX-CHATS


Parmi les herbes-aux-chats les plus connues, plusieurs plantes ont été identifiées comme capables de déclencher ces réactions comportementales chez nos petits compagnons.


  • La cataire (Nepeta cataria)


Cataire (Nepeta cataria) pour le chat

Aussi appelée catnip, c’est l’herbe-aux-chats la plus connue et la plus répandue. Elle appartient à la famille des Lamiacées, comme la menthe, et contient notamment de la népétalactone, la molécule responsable de la réaction observée chez les chats. On la retrouve très souvent intégrée directement dans les jouets pour chats. On estime qu’environ deux tiers des chats y sont sensibles.



  • La valériane (Valeriana officinalis)


Valériane (Valeriana officinalis) pour le chat

Connue chez l’humain pour ses effets réputés apaisants, la valériane dégage une odeur très forte et caractéristique – que certains décrivent souvent comme une odeur de… pieds !

Chez le chat, ce sont principalement les racines séchées qui sont utilisées, et qui peuvent provoquer des réactions variables en fonction des individus.



  • Le matatabi (Actinidia polygama)


Matatabi (Actinidia polygama) pour le chat

Également appelé vigne d’argent, le matatabi est originaire d’Asie et suscite un intérêt croissant chez les gardiens de chats. Cette plante contient plusieurs iridoïdes différents, ce qui pourrait expliquer pourquoi un plus grand nombre de chats y réagit, y compris certains individus peu sensibles à la cataire. Les études suggèrent qu’environ 80 % des chats présentent une réaction à cette plante.


  • Les autres plantes


D’autres plantes peuvent également provoquer des réactions chez certains chats, comme le chèvrefeuille de Tartarie (Lonicera tatarica), l’Acalypha indica, parfois appelée « herbe aux chats indienne », ou encore l’olivier (Olea europaea), dont les feuilles ou le bois peuvent susciter un intérêt chez certains individus.



SOUS QUELLE FORME PROPOSER LES HERBES-AUX-CHATS ?


Selon la plante et l’usage recherché, les herbes-aux-chats peuvent être proposées sous différentes formes. Chacune présente des avantages spécifiques et peut être utilisée dans des contextes différents pour stimuler l’intérêt du chat ou enrichir son environnement.


Les herbes séchées


C’est la forme la plus courante et la plus facile à trouver dans le commerce. Polyvalente et simple à doser, elle peut être utilisée de nombreuses manières. Les plantes séchées – cataire, valériane ou autres – peuvent par exemple être saupoudrées sur un griffoir pour encourager le chat à l’utiliser, ou placées à l’intérieur d’un jouet afin de renforcer son attractivité et stimuler le jeu.


Herbes aux chats séchées

Les sprays


Les sprays contiennent généralement des extraits concentrés des composés odorants présents dans certaines herbes-aux-chats, et ont donc souvent un effet plus intense. Ils sont particulièrement pratiques pour imprégner des objets comme des jouets, des griffoirs, des couchages ou encore une caisse de transport avant un trajet. Ils peuvent également être utilisés pour rendre plus attractif un nouvel accessoire – arbre à chat, panier ou tapis – dont l’odeur pourrait initialement surprendre ou perturber le chat.


Les diffuseurs


Les diffuseurs permettent de diffuser les composés odorants dans l’environnement pendant une période donnée. Ils sont parfois utilisés ponctuellement dans certaines situations – par exemple lors de changements dans l’environnement ou de périodes de stress – lorsque certaines plantes semblent avoir un effet relaxant chez un individu donné. Leur efficacité peut toutefois varier selon les chats et selon la plante utilisée.


La plante fraîche


Proposée en pot à la maison, sur le balcon ou cultivée directement dans le jardin, la plante fraîche permet au chat d’interagir directement avec elle. Il peut la flairer, s’y frotter ou parfois la mâchouiller. Cette forme offre une stimulation sensorielle plus complète et constitue souvent un enrichissement intéressant dans l’environnement du chat.


Les bâtons de matatabi


Bâtons de matatabi

Issus du bois de la plante, les bâtons de matatabi combinent à la fois une stimulation olfactive et un support de mastication. Certains chats aiment les mâchouiller , ce qui peut être utile pour ceux qui ont tendance à s’attaquer à des objets non souhaités – plantes, câbles, mobilier... Leur texture encourage aussi l’exploration orale et la manipulation avec les pattes.  Et, petit bonus, ils glissent parfaitement sur un carrelage !



UN SUPER OUTIL D'ENRICHISSEMENT


Les herbes-aux-chats constituent une forme d’enrichissement simple à mettre en place, peu coûteuse et facilement adaptable à l’environnement du chat. En introduisant de nouvelles odeurs et de nouvelles opportunités d’interaction, elles peuvent contribuer à stimuler l’exploration, l’activité et la curiosité.


Stimulation sensorielle


Les herbes-aux-chats enrichissent avant tout l’environnement olfactif du chat. Explorer de nouvelles odeurs constitue une source importante de stimulation et participe à l’expression de comportements exploratoires.


Les herbes aux chats constituent une stimulation sensorielle

Pour les chats vivant en intérieur, ces stimulations peuvent être particulièrement intéressantes, et introduisent une forme de variabilité sensorielle dans un environnement parfois monotone.


Motivation au jeu


Les herbes-aux-chats peuvent également augmenter la motivation à jouer, notamment lorsque l’odeur est associée à un jouet. Certains chats qui semblaient peu intéressés par un objet peuvent ainsi se remettre à interagir avec lui lorsque celui-ci est imprégné d’herbe.


Cela peut être particulièrement utile chez les chats adultes ou âgés, qui ont parfois tendance à jouer moins spontanément. L’ajout d’une herbe-aux-chats sur un jouet peut alors servir de déclencheur d’activité, en suscitant davantage d’intérêt pour l’objet et en favorisant l’engagement dans le jeu.


Mon Jekyll en plein “bunny kick” avec son jouet fourré à la valériane

Accessible à tous


L’un des avantages des herbes-aux-chats est qu’elles peuvent être proposées à des chats de profils très différents.


Elles peuvent notamment être intéressantes chez les chats présentant une perte de mobilité, car elles ne nécessitent pas d’effort physique important pour susciter de l’intérêt. Une simple interaction olfactive ou quelques frottements peuvent déjà constituer une stimulation.


Elles peuvent également être pertinentes pour certains chats présentant une déficience sensorielle, notamment visuelle. Dans ces situations, solliciter davantage l’odorat peut aider le chat à interagir avec son environnement autrement.



BIEN UTILISER LES HERBES-AUX-CHATS


Tester et observer


Tous les chats ne réagissent pas aux mêmes plantes. Il peut donc être utile de proposer plusieurs herbes différentes et d’observer les réactions du chat afin d’identifier celles auxquelles il est le plus sensible.


Je teste ici avec ma petite Didite 3 balles imprégnées d’une herbe différente.

Certains individus préfèrent la cataire, d’autres réagissent davantage au matatabi ou à la valériane. Cette phase d’observation permet d’adapter l’utilisation de ces plantes aux préférences individuelles du chat.


Éviter l’accoutumance


Pour préserver leur intérêt, il est préférable de ne pas proposer ces plantes en continu. Une exposition permanente peut conduire à une habituation et diminuer progressivement l’effet observé.


Il est généralement plus efficace de les proposer ponctuellement, par exemple lors de séances de jeu ou de manière occasionnelle sur certains objets. Alterner les plantes ou varier les supports peut également contribuer à maintenir l’intérêt du chat.


Dans les foyers multi-chats


Dans les foyers où vivent plusieurs chats, certaines réactions d’excitation peuvent parfois générer de la compétition autour de l’objet imprégné d’herbe.


Pour limiter les tensions, il est préférable de proposer plusieurs supports et de les placer à distance les uns des autres, afin que chaque chat puisse y accéder sans conflit.


Les herbes-aux-chats rendent-elles accro ?


C’est une question qui revient souvent et qui inquiète parfois... Mais je vous rassure : la réponse est non !


Les herbes-aux-chats ne rendent pas les chats dépendants et ne présentent aucun risque. La réaction observée est temporaire et disparaît spontanément après quelques minutes.


Autrement dit, même si certains chats semblent très enthousiastes face à ces plantes, il ne s’agit pas d’une addiction.

 

  • (1) Uenoyama R., Miyazaki T., Hurst J. L., Beynon R. J., Adachi M., Murooka T., Onoda I., Miyazawa Y., Katayama R., Yamashita T., Kaneko S., Nishikawa T., Miyazaki M. (2021). The characteristic response of domestic cats to plant iridoids allows them to gain chemical defense against mosquitoes. Science Advances, 7(4), eabd9135.

  • Bol, S., Caspers, J., Buckingham, L., Anderson-Shelton, G. D., Ridgway, C., Buffington, C. A. T., Schulz, S., & Bunnik, E. M. (2017). Responsiveness of cats (Felidae) to silver vine (Actinidia polygama), Tatarian honeysuckle (Lonicera tatarica), valerian (Valeriana officinalis) and catnip (Nepeta cataria). BMC Veterinary Research, 13, 70.

  • Bol, S., Scaffidi, A., Bunnik, E. M., & Flematti, G. R. (2022). Behavioral differences among domestic cats in the response to cat-attracting plants and their volatile compounds reveal a potential distinct mechanism of action for actinidine. BMC Biology, 20, 192.

  • Ellis, S. L. H., & Wells, D. L. (2010). The influence of olfactory stimulation on the behaviour of cats housed in a rescue shelter. Applied Animal Behaviour Science, 123(1–2), 56–62.

  • Espín-Iturbe, L. T., López Yáñez, B. A., Carrasco García, A., Canseco-Sedano, R., Vázquez-Hernández, M., & Coria-Avila, G. A. (2017). Active and passive responses to catnip (Nepeta cataria) are affected by age, sex and early gonadectomy in male and female cats. Behavioural Processes, 142, 110–115

  • Uenoyama, R., Miyazaki, T., Adachi, M., Nishikawa, T., Hurst, J. L., & Miyazaki, M. (2022). Domestic cat damage to plant leaves containing iridoids enhances chemical repellency to pests. iScience, 25, 104455.

  • Uenoyama, R., Ooka, S., Miyazaki, T., Mizumoto, H., Nishikawa, T., Hurst, J. L., & Miyazaki, M. (2023). Assessing the safety and suitability of using silver vine as an olfactory enrichment for cats. iScience, 26, 107848

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