La notion de choix chez le chat


La notion de choix chez le chat

Petite introduction sur la notion de choix en éthologie


La captivité offre bien souvent peu de possibilités au chat d’exercer des choix et d’être proactif dans le milieu confiné dans lequel il évolue. Heure et contenu des repas, accès à telle ou telle pièce ou à l'extérieur, séances de jeu... nous décidons bien souvent des modalités de la grande majorité de ses activités quotidiennes.


Or un des aspects du bien-être des animaux captifs est justement de leur donner une forme de contrôle sur leur environnement.


Si peu d’études se sont penchées sur les bénéfices du choix sur le chat domestique, beaucoup en ont montré les effets positifs sur d’autres animaux captifs, que ça soit dans les zoos ou en laboratoire: chez les macaques rhésus (1), les ours polaires (2), les ouistitis (3), les gorilles (4)… Il a en effet été constaté que la possibilité de contrôler certains aspects de leur environnement, comme la température ou la lumière, par exemple, réduisait le niveau de stress, favorisait le comportement exploratoire et diminuait les réactions de peur dans des situations nouvelles.


Il a même été démontré que le simple fait d’avoir le choix peut améliorer le bien-être, et ce même si toutes les possibilités ne sont pas explorées ou utilisées. Ainsi, lorsque les pandas géants d’un zoo ont eu le choix d'aller dans une petite pièce à l'abri des regards du public, ils étaient moins agités et ont montré une diminution du stress, mesuré par le cortisol urinaire, et ce même quand ils ont choisi de rester à l'extérieur (5).


Les bénéfices du choix


Si on se base sur les résultats de ces différentes études, et sur d’autres recherches et constats menés sur le chat domestique, il en ressort que lui donner la possibilité de faire des choix présenterait de nombreux avantages:


- aider à son développement cognitif et émotionnel

- lui offrir des opportunités comportementales propres à son espèce

- renforcer son comportement exploratoire

- le rendre plus adaptable et plus serein face au changement

- le stimuler physiquement et mentalement

- lui donner plus d'autonomie

- contribuer à réduire son stress et à augmenter son bien-être.


Autre point très important: offrir au chat différentes options nous permet d’identifier ses préférences!


Un petit exemple:

Quand je suis consultée pour des éliminations hors litière, je conseille généralement d’ajouter de nouveaux bacs, optimisés pour le chat, et parfois d’en déplacer, si le lieu n’est pas adapté. Il arrive alors souvent que l’on me réponde : «Oui mais Choupi est toujours allé dans ce bac jusqu’à maintenant, je ne pense pas que ça soit ça le problème.» Sauf qu’au bout de quelques jours, Choupi ne va plus que dans les nouvelles litières et délaisse complètement l’ancienne... C’est seulement à ce moment-là que l’humain de Choupi comprend que ce dernier utilisait sa litière précédente parce qu’il n’avait pas d’autre choix. Cela ne voulait pas dire que ça lui convenait, et le fait de lui proposer d’autres alternatives lui a justement permis d’exprimer ses préférences.


Comment donner du choix à son chat ?


Si cette notion de choix est de plus en plus abordée et mise en place dans le milieu canin – on conseillera par exemple de laisser le chien choisir les directions qu’il souhaite pendant sa balade, ou de lui proposer plusieurs supports masticatoires simultanément (vous avez peut-être vu passer mes stories dans lesquelles je le fais justement avec mes chiens 😉) – c’est un concept encore peu répandu chez le chat.


Il existe pourtant plein de possibilités d’offrir à notre petit félin domestique l’opportunité d’exercer ses propres choix dans son environnement, et cela sera d’autant plus important et bénéfique s’il n’a pas d’accès à l’extérieur.


L’environnement

Donner des choix à son chat dans son environnement

La première façon d’offrir des choix à son chat est tout simplement de multiplier toutes les ressources de son environnement.


On me dit souvent en consultation: «Choupi a tout ce qu’il faut pour être heureux: un arbre à chat avec un griffoir, une litière, un panier, une gamelle et une souris en peluche.» Et c’est compréhensible que l’humain de Choupi pense bien faire: il a en effet coché toutes les cases des indispensables du chat… mais en un seul exemplaire, et parfois tous concentrés dans un espace dédié de la maison, offrant finalement à Choupi très peu d’opportunités comportementales.


Couchage idéal pour le chat

Mon premier conseil sera donc de proposer dans la mesure du possible plusieurs versions de ces indispensables à votre chat: des hauteurs un peu partout dans la maison, idéalement devant des fenêtres ; des couchages ouverts ou fermés, au sol ou en hauteur, près d’un radiateur ou au soleil, sous forme de hamacs ; plusieurs types de griffoirs, horizontaux, verticaux, en sisal, en carton, en tissu ; des bacs à litière à divers endroits, pourquoi pas avec différents substrats pour identifier justement ses préférences...


On pourra aussi laisser le chat profiter d’un maximum de pièces dans la maison. Le fait de pouvoir exploiter un domaine vital plus vaste, de se rendre dans une autre pièce à tel ou tel moment de la journée, de pouvoir vous y suivre, ou pas, contribuera sans aucun doute au bien-être de votre chat.


Pourquoi installer une chatière pour son chat

Enfin, si votre chat a accès à l'extérieur, installer une chatière pourrait représenter un vrai plus: sortir à sa guise dans la journée, et ce même si vous choisissez de fermer la chatière la nuit, est un facteur essentiel de bien-être qui a contribué à apaiser de nombreux chats que j'ai pu accompagner.


Les enrichissements et stimulations

Choix des jouets pour le chat

Dans le même ordre d’idée, n’hésitez pas à proposer à votre chat plusieurs sortes de jouets, pour voir ce qu’il préfère et varier les plaisirs: balles en différentes matières, peluches de tailles variées, plumeaux ou cannes à pêche…


Gamelles ludiques pour chat

En termes de gamelles ludiques, il existe là aussi de nombreuses options: certains chats préfèrent pousser des distributeurs mobiles avec leur nez, d’autres choisiront la «chasse olfactive» dans un tapis de fouille, et d’autres encore aimeront manipuler des puzzles plus complexes avec leurs pattes. À la maison, mes trois chats ont tous pu exprimer leur préférence en la matière, et vont plus volontiers vers tel ou tel modèle.


Herbe à chat valériane cataire matatabi

Pour stimuler olfactivement le chat, vous pouvez aussi lui proposer différentes herbes-aux-chats séchées ou en spray. Il en existe notamment trois sortes, la cataire, la valériane et le matatabi (aussi appelé vigne d'argent), et là encore, les chats réagiront différemment à l’une ou à l’autre.


L’alimentation et la mastication

Le chat apprécie-t-il la variété dans son alimentation?

J’en avais parlé dans un précédent article, le chat peut apprécier la variété dans son alimentation. Nourriture sèche ou humide, crue ou cuite, viandes, poissons, abats, friandise, recettes maison… Il existe aujourd’hui une offre très vaste qui permet de proposer différentes options à son chat (attention à toujours prendre en compte son confort digestif et à tester d’abord en petites quantités).


N’hésitez pas par ailleurs à disposer les gamelles de nourriture ou d’eau à différents endroits de la maison, au sol, en hauteur, pour lui offrir le loisir de choisir où il préfère manger et boire à tel ou tel moment de la journée.


Vous pouvez aussi lui proposer, comme on le fait avec le chien, plusieurs supports masticatoires de façon simultanée. C’est par exemple ce que j’ai fait avec Didite, qui adore mastiquer! Je lui propose dans cette vidéo un filet de poulet séché, un bâton de matatabi et une lamelle de canard séché… On voit qu’elle sent chacun des supports proposés, et qu’elle choisit clairement le canard. 😊



Les échanges affectifs


La notion de choix s’applique bien entendu aussi dans la relation que nous entretenons avec notre chat. Comme je l’avais évoqué dans mon article sur l’importance de respecter l’intégrité physique de son chat, il est essentiel de mettre en place des échanges affectifs consentis, autrement dit, de laisser à son chat le choix d’accepter ou non nos caresses, le fait d’être porté dans nos bras... et le choix de s’extraire de ce contact dès qu’il le souhaite.


En conclusion


Vous l’aurez compris, il existe de nombreux moyens d’améliorer le bien-être de notre petit félin domestique en lui redonnant autant que possible une forme de contrôle sur son environnement et en lui offrant l’opportunité d’exercer des choix et d’exprimer ses préférences.


Attention toutefois: comme toujours, il conviendra de s'adapter chaque individu. Si votre chat est très routinier, sensible au changement, stressé face à la nouveauté: ne chamboulez pas du jour au lendemain ses habitudes en proposant plein de modifications environnementales dans tous les sens... Allez-y progressivement, soyez observateur et à l'écoute et respectez toujours ses limites. 🖤


J’espère que vous prendrez plaisir, comme moi, à observer votre chat profiter des choix que vous lui donnerez l’occasion de faire dans son quotidien. Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le partager via les petites icônes ci-dessous pour que d’autres humains – et chats! – puissent en profiter. 😉

 

Buchanan-Smith H.M. & Badihi I. (2012). The psychology of control: effects of control over supplementary light on welfare of marmosets. Applied Animal Behaviour Science, vol. 137, n°3, p. 166-174.


Kurtycz L.M., Wagner K.E. & Ross, S.R. (2014). The choice to access outdoor areas affects the behavior of great apes. Journal of Applied Animal Welfare Science, vol. 17, n°3, p. 185-197.


Mineka S., Gunnar M. & Champoux M. (1986). Control and early socioemotional development: infant rhesus monkeys reared in controllable versus uncontrollable environments. Child Development, vol. 57, n°5, p. 1241-1256.


Owen M.A., Swaisgood R.R., Czekala N.M. & Lindburg D.G. (2005). Enclosure choice and well-being in giant pandas: is it all about control? Zoo Biology, vol. 24, n°5, p. 475-481.


Ross S.R. (2006). Issues of choice and control in the behaviour of a pair of captive polar bears (Ursus maritimus). Behavioural Processes, vol. 73, n°1, p. 117-120.