top of page

Le feulement chez le chat : un comportement souvent mal interprété

Dernière mise à jour : il y a 7 heures


Que veut dire le feulement chez le chat

Vous rendez visite à des amis, ravis de rencontrer enfin Rondoudou, ce chat dont ils vous parlent avec tant d'affection.


Perché sur le dossier du canapé, il vous observe attentivement alors que vous pénétrez dans le salon. Naturellement, vous vous approchez, la main tendue, espérant un accueil chaleureux... mais soudain, un souffle sec, presque reptilien, interrompt votre geste : le petit Rondoudou vient de vous feuler dessus ! Surpris, un peu vexé – et peut-être même blessé d’être perçu comme un intrus, vous, l'amoureux des chats – vous vous résignez tristement à vous installer un peu plus loin.


Cette scène est familière dans bien des foyers. Et elle entraîne souvent les mêmes réactions: un "non!" autoritaire, des réprimandes, voire une punition. Comme s’il fallait corriger cette attitude jugée inacceptable, et apprendre au chat que ça n'est pas "poli", pas "gentil", que "ça ne se fait pas".


Dans l’imaginaire collectif, le feulement est associé au chat "caractériel" – celui qui s’énerve pour un rien, proteste lorsqu’on le caresse au mauvais moment, qu’on le dérange ou qu’on l’empêche de faire ce qu’il veut. Entre congénères, on y voit souvent un comportement dominant, agressif, ou même le signe d'une attaque imminente.


Pourtant, ces interprétations masquent la fonction réelle et complexe de ce signal félin.


Le feulement est-il un signe de mauvais caractère ?

Le feulement est-il vraiment un caprice, un signe de "mauvais caractère"? Ou traduit-il une réalité émotionnelle bien différente ? Que cherche à exprimer le chat, et comment l’humain peut-il adapter son comportement pour tenir compte de ce message ? À travers cet article, découvrons ensemble ce que signifie véritablement le feulement et comment il peut devenir un outil précieux dans la compréhension mutuelle.


L'ORIGINE ET LE FONCTIONNEMENT DU FEULEMENT


Un mécanisme naturel et instinctif


Le feulement, ou hiss en anglais, désigne une vocalisation caractéristique de nos chats domestiques. D’un point de vue physiologique, il correspond à une expiration prolongée et forcée, produite par l'expulsion d'air à travers une bouche ouverte, dents exposées et lèvres retroussées. Ce son est dit "non voisé", c’est-à-dire émis sans vibration des cordes vocales, ce qui lui confère une tonalité sibilante comparable au sifflement d’un serpent.


Ce mécanisme peut s’accompagner de diverses réactions corporelles : piloérection, oreilles aplaties, dos arqué... – mais elles ne sont pas systématiques et varient en fonction du contexte et de l'état émotionnel de l'individu.


Chez le chaton, le feulement apparaît très tôt dans le développement, dès la quatrième semaine (1), parallèlement aux premières vocalisations simples. Un petit surpris par un bruit soudain ou approché trop vivement peut ainsi déjà produire ce feulement réflexe. Avant même de savoir miauler avec nuances, nos compagnons maîtrisent donc ce son spécifique, inscrit dans leur répertoire biologique depuis la naissance.


Le chaton sait miauler dès 4 semaines

Et ce comportement n'est d'ailleurs pas exclusif au chat domestique : la plupart des félidés, du lynx au lion, produisent eux aussi des feulements, selon un processus respiratoire similaire. Le principe reste le même, mais la morphologie de chaque espèce (ouverture de la gueule, volume thoracique, structure du larynx...) modifie la sonorité et l’intensité du souffle.


Une réponse émotionnelle réflexe


Les avancées récentes en neurophysiologie montrent que le feulement relève en grande partie d'une réponse émotionnelle automatique, activée par les structures cérébrales profondes.


Tout comme d'autres manifestations typiques de la tension ou de la menace (piloérection, mydriase, mouvements de la queue...), le feulement serait en effet, d’après plusieurs spécialistes (2;3), généré par des voies nerveuses réflexes, indépendantes d'un contrôle volontaire. Il est déclenché par l'activation des structures sous-corticales – notamment l’amygdale et l’hypothalamus – qui coordonnent les réponses physiologiques et motrices liées à la peur, à la défense ou à la douleur.


Ce circuit de réponse émotionnelle permet au chat de réagir en une fraction de seconde lorsqu'il est surpris ou confronté à un stimulus perçu comme menaçant ou désagréable – par exemple, une manipulation douloureuse lors d’une visite vétérinaire.


Un chat peut feuler suite à une manipulation douloureuse

Le feulement est toutefois bien plus qu'un réflexe émotionnel : il revêt également une dimension sociale et communicative, et peut être utilisé et modulé délibérément en fonction du contexte.


LA VALEUR COMMUNICATIVE DU FEULEMENT


Communication entre chats


Entre chats, le feulement est avant tout un signal de dissuasion. Il fait partie du répertoire agonistique, c’est-à-dire l’ensemble des comportements permettant de réguler les interactions conflictuelles. Son rôle principal n’est pas de déclencher une agression, mais au contraire de l’éviter.


Lorsqu’un chat se sent menacé par la proximité d’un congénère – qu’il s’agisse d’une rencontre inattendue, d’une approche jugée trop directe ou d’une tension autour d'une ressource –, le feulement agit comme un avertissement clair : "N'approche pas". Ce signal vise à rétablir la distance sociale et à prévenir toute escalade agressive.


Le feulement est un outil de prévention des conflits entre chats

Les études sur la communication agonistique chez le chat (3;4) confirment en effet que le feulement joue un rôle central dans la prévention des affrontements. C’est un véritable mécanisme d'ajustement, utilisé pour éviter les risques inhérents à la confrontation physique, qui pourrait avoir de lourdes conséquences. Le chat privilégie toujours la dissuasion plutôt que le combat, et le feulement occupe une place essentielle dans cette stratégie : il impose une limite claire pour maintenir la coexistence sociale sans blessure.


D’un point de vue évolutif, ce comportement illustre la remarquable efficacité du langage félin dans la gestion des tensions – et ce, bien que le chat domestique soit orginellement une espèce solitaire. Le feulement constitue un mécanisme d’économie et de préservation, à la fois énergétique, physique et émotionnelle, contribuant directement à la survie individuelle et à la stabilité collective de l’espèce.


Communication interspécifique


Le feulement n’est bien sûr pas réservé aux interactions entre chats. Il peut également être adressé à l'humain, ou encore à d'autres espèces que notre compagnon peut croiser ou avec lesquelles il cohabite dans nos foyers, comme le chien. Dans tous les cas, il conserve la même fonction: signaler un inconfort et instaurer une distance de sécurité.


Un chat feule sur un chien

Lorsqu’un chat feule face à une personne, il traduit un malaise immédiat, souvent provoqué par une approche jugée trop frontale, un élément qui le surprend (bruit soudain, mouvement brusque...) ou la proximité d'un individu qu'il ne connaît pas. Il peut aussi s’agir d’une réaction à une contrainte physique : lorsqu’on le saisit pour le mettre dans une caisse de transport, qu’on tente de lui couper les griffes ou qu’on le retient alors qu’il souhaite s’éloigner, par exemple. Parfois, le simple fait d’être surpris dans un espace où il ne dispose pas de voie de repli suffit à déclencher ce réflexe défensif.


Contrairement à l'idée reçue associant ce son à de la "méchanceté", à de la provocation ou à une volonté d'attaquer, le feulement traduit plutôt un besoin immédiat de sécurité. Dans ces contextes, feuler veut tout simplement dire "Stop, je ne suis pas à l'aise".


Un chat feule plus s'il n'est pas bien familiarisé à l'humain

Une étude de 2011 (5) a en outre montré que le feulement est fortement influencé par l'expérience sociale de chaque individu. Ainsi, les chats peu ou pas familiarisés à l’humain produisent davantage de vocalisations défensives, dont le feulement, que les chats sociabilisés. Ces vocalisations traduisent avant tout un état de peur ou d’insécurité, plutôt qu’une intention offensive. À l’inverse, les chats ayant connu des interactions régulières et agréables émettaient davantage de vocalisations de communication positive (miaulements courts, ronronnements...), confirmant qu'une familiarisation précoce à l'humain, douce et progressive, favorise la confiance et réduit la peur, ainsi que les réponses émotionnelles associées.


COMMENT RÉAGIR FACE À UN CHAT QUI FEULE ?


Ce qu'il ne faut surtout pas faire


Le feulement étant souvent perçu comme un comportement agressif ou méchant, beaucoup d'humains adoptent spontanément une attitude "éducative" pour corriger ce qu'ils considèrent comme une mauvaise réaction. Ton autoritaire, petite tape, prise par la peau du cou... semblent être, à tort, le bon moyen de lui montrer que ça n'est pas approprié.


Mais en réalité, le réprimander ou le punir ne fait qu’ajouter du stress à une situation déjà tendue, amplifiant la peur et la méfiance.


Il ne faut jamais réprimander ou punir un chat qui feule

Lorsqu'un chat feule contre un humain, il cherche simplement à se protéger et à mettre fin à une situation jugée inconfortable, menaçante ou douloureuse. Ainsi, toute insistance, tout contact – et a fortiori toute punition – ne peut qu'aggraver sa perception de la situation. Au lieu de le calmer, on rencorce son inquiétude : "J'avais raison d'avoir peur, l'humain est une menace."


Ces expériences fragilisent la relation de confiance : le chat apprend que ses signaux ne sont pas entendus et que son inconfort n'est pas respecté. Cela entretient un climat d’insécurité, renforce sa vigilance, et peut conduire à des réactions défensives plus intenses, voire à l’agression.


Lorsqu'un feulement vise un congénère, le message est le même. Comme on l'a vu, ce signal fait partie des mécanismes naturels de régulation sociale. Chercher à l’interrompre ou à le sanctionner – souvent par crainte de voir la tension monter – revient ainsi à bloquer une étape essentielle de communication entre chats.


Prenons un exemple fréquent : l’arrivée d’un nouveau chat à la maison. Le chat résident feule sur le nouvel arrivant, et la scène est souvent interprétée comme un “mauvais accueil”: on trouve qu’il exagère, qu’il pourrait être plus gentil, et l’on craint que le petit nouveau ne soit traumatisé. Mais en réalité, celui qui feule est bien souvent le plus mal à l'aise ! Il ne cherche pas à dominer ou à agresser, mais à exprimer sa peur et son besoin de distance. Le disputer ne ferait que renforcer son stress – et, pire encore, compromettre la future cohabitation, en alimentant des associations négatives : "Je vois l’autre chat, je me fais réprimander."


Le chat qui feule est souvent le plus mal à l'aise

Feuler, grogner, ou même donner un coup de patte… ces comportements sont des ajustements nécessaires, qui permettent aux chats d’établir leurs distances, de définir leurs limites et, paradoxalement, de mieux cohabiter. Les réprimer revient à leur retirer l’un de leurs principaux outils de prévention des conflits, et donc à augmenter le risque d’escalade agressive.


Les bonnes attitudes à adopter


Lorsqu’un chat feule, le meilleur réflexe est finalement… de ne rien faire !


Ou plus exactement, de stopper immédiatement ce que vous étiez en train de faire et de lui redonner de l’espace, afin de lui montrer que son message a bien été entendu. Reculer doucement, détourner le regard, éviter les gestes brusques... Le but est de faire retomber la tension pour permettre au chat de reprendre le contrôle de la situation et de retrouver un sentiment de sécurité.


Il est ensuite important d’observer et d’analyser le contexte. Un feulement ne surgit jamais sans raison : le chat a-t-il été surpris ? Effrayé ? Gêné par une douleur ? Agacé par un contact trop long ou désagréable ? Ou encore en conflit avec un autre chat ?


Selon la situation, il conviendra d’agir sur le facteur de stress – en ajustant son comportement, son approche ou l’environnement – pour prendre en compte l’état émotionnel du chat et respecter ses limites.


Enfin, si le feulement devient fréquent, intense ou s’accompagne d’autres signes de mal-être (fuite, isolement, apathie, conduites agressives, baisse d'appétit, vigilance accrue...), il est vivement recommandé de consulter un vétérinaire, et si besoin, de se faire accompagner par un(e) comportementaliste. Des douleurs ou pathologies, un stress chronique, un environnement inadapté ou insécurisant peuvent en être à l'orgine, et nécessitent une prise en charge adaptée.


LE MOT DE LA FIN


Vous l'aurez compris, le feulement n’est pas un comportement “à corriger”, mais un signal à écouter et à prendre en compte. En respectant le message que le chat nous envoie, en réagissant avec douceur, on renforce la confiance et on contribue directement à son bien-être émotionnel.


Un chat qui feule a besoin d'être rassuré

(1) Brown, K. A., Buchwald, J. S., Johnson, J. R., & Mikolich, D. J. (1978) Vocalization in the cat and kitten. Developmental Psychobiology, 11(6), 559–570.

(2) Bradshaw, J. W. S., Casey, R. A., & Brown, S. L. (2012) The Behaviour of the Domestic Cat (2ᵉ éd.). Wallingford : CABI Publishing, chap. 3, « Reflex Behaviour ».

(3) Schötz, S. (2015) Agonistic Vocalisations in Domestic Cats : A Case Study. In M. Svensson Lundmark, Working Papers (Vol. 55, pp. 85-90). Lund University.

(4) Tavernier C, Ahmed S, Houpt KA, Yeon SC. (2020) Feline vocal communication. Journal of Veterinary Science;21(1):e18.

(5) Yeon SC, Kim YK, Park SJ, Lee SS, Lee SY, Suh EH, Houpt KA, Chang HH, Lee HC, Yang BG, Lee HJ. (2011) Differences between vocalization evoked by social stimuli in feral cats and house cats. Behavioural Processes;87(2):183

bottom of page